30 août 2007
Un autre jour sans vie dans cette école pourrie. Des cours ennuyant, des professeurs exigeant. Je ne me rappelais pas de tout ce qu'on apprenait. J'ai toujours été nul à l'école, et ce n'est pas maintenant que ça allait changer. À l'aube de mes dix-huit ans, j'étais plus vieux que tout le monde dans cette école, excepté les profs bien sûr. Je me sentais hors-normes. J'étais redevenu le jeune Tom d'avant Devilish, celui qui se faisait critiquer, celui qui devait se foutre de l'opinion des gens. Cette fois-ci, je n'y arrivais pas. La célébrité m'avait ravagé le c½ur et l'esprit. J'étais habitué à être adulé, idolâtré. J'étais habitué à la facilité. Maintenant, je vivais dans un monde dur et rempli d'épreuves. Je n'avais pas assez d'expériences de vie normales pour les surmonter. L'une des plus dures étaient d'avoir tant de choses sur le c½ur et de n'avoir personne avec qui les partager. Quoique je doute que j'aurais de la facilité à tout dévoiler. Je ne pouvais avoir confiance en personne. Et puis pour commencer il fallait que j'aie des amis. Je ne croyais pas m'en faire ici, pourtant, je n'avais aucune idée de combien de temps j'allais devoir rester. Un an ? Deux ans ? Dix ans ? Qui sait...
Une envie me prit de retourner dans le couloir artistique, ce que je fis aussitôt. Sans étonnement, je revis la jeune fille d'hier. Elle était toujours seule et semblait encore concentrée dans sa peinture. Je voyais ses lèvres remuer, comme si elle chantait, encore une fois. Je pris mon courage à deux mains, le peu qu'il me restait, et je cognai doucement à la porte. Je la vis sursauter puis elle s'approcha de moi. Elle entrouvrit la porte du local d'art.
« Qu'est-ce que tu veux ? »
« Que tu me laisses entrer. »
« Donne-moi une bonne raison de le faire »
« Il n'y en a pas vraiment en fait. Tu es toujours ici, toute seule. Je me promène et je te vois. Chaque jour, je m'arrête. Je te regarde quelques secondes et je continue mon chemin. Chaque jour, je me demande qui tu es, pourquoi tu es là. Alors tu vois. Je n'ai pas de raison pour que tu me laisses entrer.»
Je me retournai et je fis quelques pas avant d'entendre un petit « Attends » sortir de sa bouche. Elle avait une douce voix hésitante et timide. Je me remis face à elle et avançai. Elle ouvrit suffisamment la porte pour que j'entre puis elle la referma derrière moi. Je fis quelques pas. Mes yeux ne quittaient pas son ½uvre. J'étais trop intrigué par ce qu'elle peignait.
« Je peux ? »
Lui demandais-je en pointant sa toile. Elle acquiesça d'un signe de tête. Lorsque j'aperçu son travail, j'en restai bouche-bé. C'était cent fois plus que magnifique. Sa
toile était digne des plus grands peintres. J'étais époustouflé par son talent. J'arrivais à ressentir la douleur que son ½uvre transmettait.
« T'as vraiment beaucoup de talent. C'est sublime. »
« Merci. »
Me répondit-elle en rougissant. Je voyais bien qu'elle n'était pas habituée aux compliments alors que moi je n'étais pas habitué à ne pas en recevoir. Je devais tout recommencer à zéro ici. Je n'aimais pas cette solitude et ce silence constants. Je voulais vivre, sortir, être avec des gens que j'aimerais bien. Même si tout au fond je continuerais de m'en vouloir. Mais peut-être que ce serait moins dur avec des gens qui pourraient m'écouter quand j'aurais besoin de parler. C'était le seul avantage ici, les amis que je me ferais seraient sincères. Ils ne voudraient pas connaître une star ou avoir de l'argent. J'avais toujours été quelqu'un de gentil et sympathique. Il fallait seulement que quelqu'un le découvre.
« C'est toi Tom, dans le cours d'anglais ? »
« Oui, tu y étais ? Je ne t'ai pas vue. Quoique je n'ai pas porté attention à qui que ce soit. »
« Oui, mais j'étais dans un coin du fond...»
« Toi, tu t'appelles comment ? »
«
Ariane. Avant, les gens me surnommaient Arie, mais ça fait bien longtemps que je ne l'ai pas entendu dire puisque je suis toute seule. Je me suis fais laisser tombée par toutes mes amies car j'ai eu une grosse chicane avec l'une d'elle. Alors du jour au lendemain, j'ai connu le silence, l'isolement. Maintenant, j'y suis habituée. Je vis sans aucune raison, mais j'ai trop peur pour mettre fin à mes jours. Je suis effrayée par la mort. Je préfère tout quitter et recommencer quand je le pourrai, que mettre fin à une vie qui aurait peut-être eu une chance de redevenir belle... »
Elle s'arrêta, mais poursuivi.
« Euh. J'ai aucune idée de pourquoi je te dis tout ça, je suis désolée. »
« T'avais surement besoin d'une oreille pour t'écouter. »
« Tom, tu me dis vraiment quelque chose. J'ai l'impression de t'avoir déjà vu. »
« On est dans le même bus. »
« Ce n'est pas le bus. »
Non, ce ne peut pas être possible. C'est carrément impossible.
« Ah ! J'ai trouvé. J'ai vu une photo sur Google. C'était Tokyo machin, je crois que je cherchais des photos de la ville de Tokyo et j'ai vu ça. Si ce n'était pas toi avec trois autres, il te ressemblait vraiment. »
Non. Elle sait, et j'ai envie de tout lui dire. Je sais que je ne le dois pas, mais en même temps...
« Tu peux garder un secret, qui est presque classé dans les affaires top secrètes européenne ? »
« Oui bien sûr, je ne parle à personne, alors tu peux avoir confiance. »
« Et bien, c'était vraiment moi que tu as vu. Tokio Hotel, c'était le groupe le plus populaire en Europe. Mais il faut que tout soit oublié. Tout ce qu'on a pu faire, c'est devenu un fantôme du passé. C'est pour cela que je suis ici. Je dois tout recommencer, et c'est vraiment dur. J'étais habitué à la facilité, à être entouré de pleins de gens, même s'ils n'étaient pas tous là pour les bonnes raisons. Le changement est vraiment radical pour moi. Mais s'il te plait, ne parle pas de ça. C'est plus qu'important que rien ne se sache. Je t'en dirais bien plus, mais je ne m'en sens pas encore capable. »
La cloche sonna, indiquant que nous devions aller séparément dans nos cours de l'après-midi. Nous sommes donc sortis du local. Devant la porte elle s'arrêta après avoir verrouillée celle-ci.
« Tu peux revenir demain. Ma toile est finie, mais je viens toujours ici. »
« J'y serai, et ce sera à mon tour de te montrer quelque chose. »
Dis-je avant de partir. C'est ainsi que nos chemins se séparèrent. Pourtant, ils allaient se recroiser.